Le Word Economic Forum a récemment publié l’étude 2020 sur l’avancée des pays du monde entier en matière de transition énergétique. Les pays sont comparés sur leur indice de transition énergétique (ETI) en fonction de deux éléments : les performances de leurs systèmes énergétiques en termes de sécurité et de durabilité environnementale, et leur degré de préparation à la transition énergétique. Dans ce classement, la France apparaît au 8ème rang sur les 115 pays étudiés avec un score de 68,7%.

La France bien classée grâce à son système énergétique

Le système énergétique français doit notamment sa bonne position à une production d’électricité abondante, fiable et bas carbone grâce à la part importante du nucléaire et des énergies renouvelables. En 2019, le nucléaire représentait 70,6% du mix électrique français, contre 21,5 % pour les énergies renouvelables. De plus, selon le classement, la France présente un environnement propice à la transition énergétique, se classant 4ème à la sous-catégorie « préparation à la transition » de l’ETI grâce à « ses engagements pris dans le cadre des Accords de Paris, ses capitaux, ses brillants ingénieurs et son écosystème favorable à l’innovation ». En 2019, selon le cabinet Xerfi, les services d’efficacité énergétique français ont représenté un marché d’environ 5 milliards d’euros, portés par une croissance rapide et régulière, de plus de près de 30% depuis 2015. Et le dynamisme du secteur pourrait bien durer, soutenu par de nombreux leviers, notamment l’amplification du dispositif des CEE.

Ainsi si la France a également un score élevé dans les domaines de la sécurité énergétique et de la durabilité environnementale, ses prochains défis à relever, selon les analystes du World Economic Forum, seront de réduire les coûts des services énergétiques pour les ménages et les entreprises, notamment au travers de la rénovation énergétique afin de débloquer un meilleur score.

Ce qu’il faut retenir de l’état actuel de la transition énergétique à travers le monde

Le score moyen des 115 pays classés est de 55,1%, avec une augmentation de 2 points par rapport à l’étude de 2015. Des chiffres encourageants, qui plus est par la réduction d’écart entre les économies des pays développés et émergents, même si de nombreuses améliorations restent à faire. En effet, l’Inde est à 51,5%, la Chine à 50,9% et la Russie à 50,5%. Rares sont les pays, qui ont été en mesure de réaliser des progrès annuels constants sur l’ETI au cours des six dernières années. La Chine, l’Inde et l’Italie ont constamment amélioré leur score global à l’ETI depuis 2015, tandis que la Russie, le Japon, la Corée du Sud et l’Allemagne ont réalisé des gains modérés. Les scores des États-Unis, du Canada, du Brésil et de l’Iran ont soit stagné, soit reculé, preuve de la complexité et des défis de la transition énergétique.

L’étude souligne aussi l’impact de la pandémie de Covid-19 sur les marchés de l’énergie et la transition énergétique mondiale. « La vitesse et l’ampleur sans précédent de la baisse de la demande d’énergie, ainsi que la volatilité des prix et les implications géopolitiques qui l’accompagnent, ont déstabilisé le système énergétique mondial. La résilience, non seulement des marchés et des infrastructures, mais aussi des politiques et des mécanismes de coopération sera essentielle pour accélérer la reprise de la transition énergétique. »

Focus sur la transition énergétique des grands gagnants

Les dix meilleurs élèves du classement établi par l’étude restent sensiblement les mêmes que l’an dernier, tous situés en Europe du Nord et occidentale. Sur le top 3 du podium, on retrouve en tête la Suède (74,2%), la Suisse (73,4%) et devant la France, le Royaume-Uni (69,9%). Quelles leçons avons-nous à tirer de leur plan de transition énergétique ?

La Suède et sa planification écologique

La Suède fait figure d’exception parmi les pays européens car elle s’est dotée très tôt d’un système de planification écologique décentralisé. Dès 1991, une programmation de l’évolution à moyen-long terme du prix du carbone a été mise en place, ainsi qu’une réforme de la fiscalité comprenant un volet écologique. Résultat : la Suède affiche des performances écologiques supérieures à la moyenne européenne pour les émissions de CO2, le développement des énergies renouvelables, le traitement des déchets, la préservation de la biodiversité. Grâce à la rénovation énergétique, des écoquartiers ont vu le jour dans les principales villes du pays. Depuis 1973, la consommation des produits pétroliers y a été divisée par deux, et la part des énergies fossiles est tombée à 49 %, contre 70 % en France.

La Suisse et l’investissement

La Confédération helvétique obtient le meilleur indice d’efficacité énergétique grâce notamment au nucléaire et à l’hydroélectricité, qui couvrent 45% des besoins en énergie primaire (non transformée) du pays. Si encore un million de maisons sont peu, voire pas du tout isolées et que deux tiers des bâtiments sont encore chauffés au moyen d’énergies fossiles ou directement par l’alimentation électrique, la Suisse reste première pour les investissements dans l’efficacité énergétique. Des aides financières importantes et des programmes d’encouragement ont été attribuées aux différents cantons du pays pour aider à la rénovation énergétique des bâtiments.

La Royaume-Uni et sa Clean Growth Strategy

Longtemps symbole d’un pays qui s’est développé par le charbon, le Royaume-Uni fait désormais figure de modèle pour la transition énergétique grâce à son mix énergétique (notamment l’éolien offshore). Parmi les pays du G20, avec la France, seul le Royaume-Uni fait mieux dans le classement. Entre 1990 et 2017, le Royaume-Uni a diminué ses émissions de CO2 lié au secteur de l’énergie de 41%, contre 26% en moyenne dans l’Union Européenne. En 2017, le Royaume-Uni s’engage avec la Clean Growth Strategy dans la décarbonation de tous les secteurs de l’économie durant la prochaine décennie. Pour l’industrie lourde (20% des émissions), les normes d’efficacité énergétique sont durcies et un programme de soutien au captage-stockage géologique de CO2 (CSC) est relancé. En élargissant le champ d’action de l’Energy Company Obligation, l’équivalent britannique de nos CEE, l’administration espère pouvoir réduire les consommations d’énergie (et donc les émissions carbonées) d’un million de logements par an.

La diversité en termes de « mix énergétiques primaires, structures du réseau énergétique et ressources naturelles » de ces différents pays est significative et montre ainsi l’importance de tenir compte des situations propres à chaque pays dans le plan de transition énergétique. Si la France reste bon élève, ses prochains défis à relever seront de savoir, selon le Word Economic Forum, « comment rendre la transition énergétique plus inclusive et équitable » ; la rénovation énergétique est donc un excellent moyen pour permettre à la France de remonter dans le classement.