2,6 milliards de tonnes. C’est la quantité estimée de CO2 qui ne sera pas relâchée dans l’atmosphère en 2020, selon un rapport de l’Agence internationale de l’Energie. Cette baisse se prolongera-t-elle ou sera t-elle annulée par une reprise des consommations d’énergie ?

Les émissions mondiales de CO2 du secteur devraient chuter d’environ 8 % cette année, retrouvant leur plus bas niveau depuis 2010. Ce serait la plus forte baisse jamais enregistrée, six fois plus importante que le précédent recul enregistré en 2009 avec une baisse de 400 millions de tonnes à la suite de la crise financière mondiale.

Si lors du confinement, la consommation d’énergie a chuté entre 18 et 25 % selon les pays durant le confinement, sur l’année 2020, la demande en énergie devrait chuter de 6 % cette année – une perte gigantesque qui représente l’équivalent de la consommation totale de l’Inde. La réduction spectaculaire des transports – qui, d’ordinaire, consomment 60 % du pétrole produit – contribue lourdement à cette chute. Dans les régions où une restriction des déplacements est mise en place, on dénombre une baisse de 75 % de la circulation par rapport au niveau d’avant-crise. L’équivalent de près de 10,8 millions de barils de pétrole par jour. Ainsi, d’après les calculs de l’AIE, les prix du pétrole ont dégringolé de 40% en mars 2020. De même, la consommation de gaz devrait diminuer de 5% en 2020 entrainant une baisse des cours. Les énergies fossiles sont donc bien mises à mal par le coronavirus.

Vers un rebond ou une transition ?

Si l’on peut se réjouir de cette chute historique de CO2, cette baisse reste la conséquence d’une période exceptionnelle et n’apparait pas forcément comme une bonne nouvelle à part entière. En effet, Fatih Birol, président de l’AIE, craint un effet « rebond » identique à celui qui a suivi la crise économique de 2008. Lors de la crise financière de 2008, les émissions de CO2 avaient baissé fortement, mais, dès la reprise de l’activité économique, le rejet de gaz à effet de serre dans l’atmosphère avait été multiplié par quatre. En 2010, l’augmentation des rejets de CO2 a été la plus forte enregistrée dans l’histoire.

En revanche, cette crise aura permis aux énergies renouvelables de gagner du terrain, à tel point qu’elles devraient représenter 40 % de la production mondiale d’électricité avec une augmentation de 5% cette année. 2020 pourrait donc marquer un tournant dans la transition énergétique. L’accompagnement de la rénovation énergétique, le soutien aux projets d’énergies renouvelables, la lutte contre la précarité énergétique sont autant de leviers mobilisables pour relancer l’activité économique tout en atteignant nos objectifs énergétiques et climatiques via le Green Deal ou le SNBC. « Investir dans ces domaines peut permettre de créer des emplois, de rendre les économies plus compétitives et d’orienter le monde vers un futur plus résilient et plus propre », conclut Fatih Birol.