Ce 10 avril, onze ministres de l’Environnement de l’Union Européenne, dont la France, l’Italie, ou encore l’Allemagne ont signé une tribune commune publiée par le site Climate Home News. C’est un message fort, puisque celle-ci appelle à ce que les plans de relance post-épidémie de Coronavirus prennent en compte les questions d’environnement et de climat et ainsi à ne pas oublier la lutte contre le réchauffement climatique dans l’urgence de la reprise économique. Le risque de recul sur les normes environnementales est en effet bien réel. Les ministres de l’Environnement appellent à « résister à la tentation de solutions à court terme ». Explications

Une « réponse européenne commune » en faveur du Green Deal

Le texte a été signé par les ministres autrichien, danois, italien, finlandais, français, letton, luxembourgeois, néerlandais, portugais, espagnol et suédois. Les onze ministres appellent à une « réponse européenne commune » dans le cadre du « Green deal » (Pacte Vert, en français) annoncé par la Commission européenne, et à « accroître les investissements, particulièrement dans les domaines de la mobilité soutenable, de l’énergie renouvelable, la rénovation des bâtiments, la recherche et l’innovation, le rétablissement de la biodiversité et l’économie circulaire ». Des mesures justement prises en compte dans le Green Deal européen, prévoyant une neutralité carbone de l’Europe d’ici 2050. Selon les ministres de l’Environnement de l’Union Européenne au sujet de l’après crise, « nous devrions nous préparer à reconstruire nos économies en introduisant des plans de relance destinés à redonner à l’Europe et à ses citoyens un progrès et une prospérité rénovés et soutenables ».

Plus de « souplesse » au détriment du climat ?

Ce pacte ne doit pas être sacrifié à cause de la crise, selon les onze ministres signataires. Les initiatives liées au Green Deal n’échappent pas au glissement de calendrier lié à la crise sanitaire. En effet, certains dossiers sont reprogrammés plus tard dans l’année et voire reportés en 2021. Ainsi, la stratégie climat 2030 – feuille de route encadrant la loi climat – pourrait se voir accorder « un délai supplémentaire pour l’élaboration de nouveaux objectifs ». L’une de leurs craintes partagées est que les gouvernements préfèrent relancer l’économie le plus vite possible en freinant les normes environnementales et climatiques pour ne pas risquer d’entraver l’activité des entreprises. « Nous devons résister à la tentation de solutions à court terme en réponse à la crise actuelle qui risquent d’enfermer l’Union européenne dans une économie basée sur les énergies fossiles pour des décennies« , avertissent-ils. En effet, les risques sont bien réels. La Pologne et la République tchèque ont tout bonnement demandé l’abandon du Pacte vert au nom de la crise sanitaire. Depuis plus d’un mois, 540 milliards d’euros ont été mis sur la table par les institutions européennes pour faire face à l’urgence économique causée par la pandémie. Or, aucun de ces milliards n’est fléché vers un investissement en faveur du climat ou contreparties environnementales, se contentant d’un pâle engagement sur la RSE, pour la France.

Après les grandes entreprises françaises, le lobby patronal européen a demandé à la Commission dans une lettre le même jour que les ministres européens (10 avril) de prolonger « toutes les consultations non essentielles liées à l’environnement et au climat en cours ou prévues pour les deux prochains mois ». En outre, des « délais de mise en œuvre de la législation […] donneraient aux entreprises plus de latitude pour survivre et se remettre de la crise ». Une « certaine souplesse peut être nécessaire pour la restitution des quotas correspondant aux émissions 2019 » du marché européen du carbone, propose BusinessEurope. Le lobby va plus loin et demande à la Commission de s’assurer que « les réductions d’émissions liées à l’épidémie ne réduiront pas indûment la quantité de quotas gratuits post-2020 ». Des délais sont également demandés pour l’application de la directive « émissions industrielles ».

Une alliance européenne pour une relance verte

Quatre jours plus tard, une autre lettre ouverte voit le jour. 180 ​personnalités européennes s’engagent à travailler ensemble aux « plans d’investissement verts d’après-crise ». À l’initiative du président de la commission de l’Environnement, l’eurodéputé Pascal Canfin, cet « appel à mobilisation » rassemble une dizaine de ministres parmi lesquels Élisabeth Borne et les secrétaires d’État Brune Poirson et Emmanuelle Wargon. La liste des signataires compte également 79 eurodéputés, 37 chefs d’entreprise, une trentaine d’associations d’entreprises, 10 fédérations syndicales et plusieurs ONG, dont la Fondation Nicolas Hulot et la branche européenne de 350.org. « Le Covid-19 ne va pas chasser la crise climatique. Ces deux batailles, ne les opposons pas, mais gagnons-les ensemble », conclut la lettre.

Les prochaines semaines seront ainsi déterminantes. Les Vingt-sept pays de l’Union Européenne – à l’exception de la Pologne – se sont en effet engagés sur un objectif de neutralité carbone en 2050. Pour y parvenir, ils doivent revoir à la hausse leurs ambitions. Mais contrairement à après 2008, des solutions existent, nous avons des options en termes d’économie verte plus compétitives qu’avant et créatrices d’emplois.